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Mickaël Mariaud, Compagnon du Devoir et du Tour de France, pose ses outils à Murlin le temps d’accomplir son devoir 16 avril 2021

Compagnon tonnelier

Originaire de Corrèze, Mickaël se destinait à l’origine au métier d’ébéniste. Bac STI Arts appliqués en poche, il se rend, sur les conseils d’une amie, chez les Compagnons du Devoir et du Tour de France avec en tête l’idée de suivre une formation concrète en lien avec le bois. Mais il comprend assez rapidement que les débouchés sont peu nombreux en ébénisterie et on lui propose alors de suivre la formation de tonnelier.

Le métier lui plait. Le rapport à la matière première bois est là. Il s’engage donc dans cette voie pour laquelle rien ne semblait à priori le prédestiner. Aucun lien familial avec le monde viticole ou avec celui de la tonnellerie… Mickaël confie d’ailleurs à ce sujet qu’à cette époque il n’avait même pas conscience de l’existence du métier de tonnelier. Et pourtant…

Durant sa formation, au cours de laquelle Mickaël est adopté aspirant, avant d’être reçu compagnon itinérant, le jeune étudiant-ouvrier effectue ses étapes du Tour de France, qui a duré cinq ans, dans plusieurs tonnelleries dont certaines appartiennent au groupe Charlois. Il termine sa formation au Chili chez Nadalié où il travaille notamment sur un projet d’atelier de tonnellerie pour une rhumerie panaméenne.

 

Transmettre

Lorsqu’il revient en France en 2020, il endosse le rôle de formateur au CFA de Beaune et partage son temps entre la formation des apprentis du centre de formation et celle des tonneliers de la manufacture tonnelière La Grange où il restera jusqu’à la fin de l’année scolaire 2021/2022.

La transmission, inhérente au compagnonnage, est au cœur de ses priorités. Transmettre à son tour ce qu’il a reçu de ses aînés est aujourd’hui essentiel pour Mickaël : « J’apprécie vraiment beaucoup le fait de stimuler les jeunes, de les aider à repousser leurs limites et à se dépasser. Et puis, ils sont toujours contents, malgré les difficultés, de voir le résultat final de leur travail. »

Pour lui, la formation doit rimer avec un accompagnement personnalisé : « La formation doit être adaptée à chacun. Tu ne peux aborder personne de la même manière car personne n’avance ou évolue de la même manière. » Avec un postulat de base : faire découvrir à ceux qu’il forme et accompagne les différentes techniques et méthodes de travail du tonnelier. Avec toutes les clés en main, chacun peut alors s‘approprier les techniques qui lui conviennent le mieux et créer ainsi sa propre méthode de travail à partir d’un socle commun de savoir-faire.

Et de rappeler que, comme en merranderie, la lecture du bois est essentielle en tonnellerie, d’autant plus lorsque toutes les étapes de fabrication sont effectuées de façon artisanale.

 

La formation des tonneliers de La Grange

La production à la manufacture tonnelière La Grange a ceci de particulier que le rapport à la matière et aux produits finis n’est pas le même que dans une tonnellerie mécanisée. Le travail à la main, à toutes les étapes de la production, crée en effet un sentiment particulier entre le tonnelier et les fûts qu’il réalise. Le temps passé à lire le bois, à façonner les pièces permet d’optimiser la matière première mais rend en revanche plus difficile à encaisser les casses ou les défauts d’étanchéité sur les produits finis.

En ce moment, les tonneliers de La Grange s’entrainent en confectionnant des objets en bois cintrés et des petits contenants (seaux, vinaigriers, tonnelets et quarteaux). Mickaël constate que si « la base est identique, aucun objet n’est pareil au niveau des finitions comme le cerclage ou au niveau des détails de fabrication comme la hauteur ou la forme du jable. Chaque objet porte la marque du tonnelier qui l’a réalisé. Et vu que les tonneliers de La Grange ont déjà pas mal d’expérience, je les pousse dans leurs retranchements en les incitant à oser. Car certains petits défauts de fabrication peuvent se rattraper à la chauffe. C’est à chaque tonnelier de se créer son propre degré de tolérance. Et c’est essentiel de leur laisser cette liberté au cours de leur formation car je n’ai pas du tout envie qu’ils fassent ensuite du « Mickaël » au cours de leur carrière. Je veux voir du « Dany », du « Antoine », du « Romain ». Mais il faut être réaliste. On peut se permettre ce luxe car ils ne sont que trois à former à La Grange. »

La taille de la manufacture permet en effet à Mickaël de faire un accompagnement au cas par cas, en fonction des aptitudes et des connaissances de chacun. En cela, Mickaël a parfois plus de latitude à La Grange qu’au CFA où il suit actuellement 13 jeunes apprentis.

En parallèle, Mickaël accompagne Alexandre Zefner, chef d’atelier à La Grange, dans sa préparation au concours de MOF qu’il présentera lors de la prochaine session.

Un concours que Mickaël présentera lui-même peut-être un jour. Mais pour l’instant, il ne souhaite pas se projeter au-delà de son engagement au sein du CFA de Beaune et de la manufacture tonnelière La Grange : « En un an et demi, beaucoup de choses ont le temps de changer. J’ai surtout ensuite envie de faire une pause, de voyager. Ou pourquoi pas prendre part à un projet intéressant d’atelier à l’étranger comme celui sur lequel j’ai travaillé pour la rhumerie panaméenne. Après, la formation et la transmission me plaisent énormément. J’apprécie vraiment le fait de suivre les apprentis et de les voir évoluer. Donc pourquoi pas poursuivre dans cette voie… mais a priori dans un autre cadre que celui du CFA. » Un parcours que l’on suivra, quel que soit son orientation future, avec le plus grand intérêt.

 

Formation et transmission sont capitales pour pérenniser les savoir-faire du groupe Charlois. Elles sont au cœur de sa politique sociale. Et c’est dans cet esprit que le groupe a fait appel à Mickaël Mariaud pour parfaire la formation et les connaissances des tonneliers de la manufacture tonnelière La Grange. Alexandre, Antoine, Dany et Romain bénéficient ainsi de son expérience. Il les accompagne individuellement, en fonction du parcours de chacun, dans la maîtrise des techniques, des gestes et savoir-faire de l’art du tonnelier.

 

Visuel 1 : Les tonneliers de La Grange, de gauche à droite : Romain (accroupi), Antoine, Alexandre, Mickaël et Dany © D.R.

 

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